Le taux AT-MP, (Accidents du Travail-Maladies Professionnelles), reste encore trop souvent perçu comme une simple ligne comptable dans les charges patronales. Et pourtant, derrière ce pourcentage se cache un indicateur clé de la performance en santé et sécurité au travail… ainsi qu’un levier de coût majeur, surtout dans les secteurs exposés comme le BTP. Une mauvaise gestion des risques professionnels peut faire doubler ou tripler ce taux. À l’inverse, une politique de prévention bien structurée permet de le stabiliser, voire de le réduire.
Mais comment est-il calculé ? Pourquoi peut-il s’envoler ? Et surtout, comment le piloter efficacement ? C2C Prévention vous propose un tour d’horizon complet pour mieux comprendre, anticiper et maîtriser votre taux AT-MP.
Le taux AT-MP, c’est quoi exactement ?
Le taux AT-MP (Accidents du Travail – Maladies Professionnelles) est une cotisation sociale que les employeurs doivent payer pour financer l’indemnisation des accidents du travail et des maladies professionnelles de leurs salariés. Il est calculé chaque année par l’Assurance Maladie – Risques professionnels (via la CARSAT) et dépend de plusieurs facteurs.
Comment est calculé le taux de la cotisation AT-MP ?
Le taux AT-MP est fixé chaque année et se base sur la formule suivante :
(Frais moyens des sinistres x Nombre de sinistres) / Masse salariale
Il est exprimé en pourcentage de la masse salariale brute.
Il varie en fonction des paramètres suivants :
- Le secteur d’activité de l’entreprise :
- le taux est déterminé en fonction du niveau de risque associé à l’activité principale de l’entreprise ;
- plus le secteur est exposé aux risques (certains secteurs comme le BTP, la métallurgie ou la chimie sont plus exposés), plus le taux est élevé ;
- La taille de l’établissement : le taux appliqué dépend de l’effectif de l’entreprise ;
- La sinistralité :
- le nombre, la gravité et le coût des accidents ou maladies professionnelles imputés à l’établissement influencent directement le calcul du taux ;
- plus une entreprise enregistre d’accidents du travail ou de maladies professionnelles, plus son taux augmente.
Quels sont les différents types de tarification ?
Il existe 3 modes de tarification selon la taille de l’entreprise : tarification collective, tarification mixte, tarification individuelle.
Plus la taille de l’entreprise augmente, plus le taux est individualisé et repose sur les résultats de l’établissement en matière de sécurité :
- Taux collectif pour les entreprises de moins de 20 salariés : Un taux forfaitaire est appliqué selon l’activité.
- Taux mixte pour les entreprises de 20 à 49 salariés : Ce taux combine une part collective (sectorielle) et une part individuelle (basée sur les accidents déclarés dans l’établissement).
- Taux individuel pour les entreprises de plus de 150 salariés : Le taux est entièrement calculé selon la sinistralité propre à l’entreprise. Un accident grave ou répété peut donc faire bondir le taux.
Les taux AT-MP sont consultables chaque début d’année sur net-entreprises.fr.
Pourquoi le taux AT-MP peut exploser (et comment) ?
Le taux AT-MP peut fortement augmenter en cas d’événements successifs (accidents du travail répétés, maladies professionnelles reconnues, etc.), surtout pour les entreprises soumises à un taux mixte ou individuel.
Comment la CARSAT évalue l’impact d’un sinistre ?
Le calcul du taux AT-MP repose sur un principe clé : plus un accident coûte cher à la Sécurité sociale, plus il impacte le taux de l’entreprise.
Voici comment ça marche en détail.
Les éléments pris en compte par la CARSAT
Chaque accident du travail ou maladie professionnelle entraîne des coûts pour l’Assurance Maladie. Ces coûts sont ensuite imputés à l’entreprise par la CARSAT via le taux AT-MP :
- frais médicaux et hospitaliers ;
- indemnités journalières versées au salarié en arrêt de travail ;
- rentes d’incapacité permanente si l’accident laisse des séquelles.
La méthode de calcul du taux AT-MP et cas concrets
Le taux net AT-MP est calculé selon la formule :
Somme des coûts des sinistres imputés / Masse salariale de l’entreprise
Cas concret 1 : Un accident grave
Prenons l’exemple d’un accident grave survenu dans une entreprise de couverture : la chute d’un couvreur de 30 ans ayant entraîné une fracture sévère à l’origine d’une incapacité permanente de 15 %.
Le coût total imputé par la CARSAT comprend :
- Indemnités journalières (8 mois d’arrêt) : 20 000 €.
- Soins médicaux et rééducation : 8 000 €.
- Rente d’incapacité (jusqu’à la retraite) : 120 000 €.
Soit un coût total de 148 000 €.
Si l’entreprise a une masse salariale de 2 millions €, alors le nouveau taux sera ajusté :
148 000 / 2 000 000 = 7,4 %.
Si d’autres accidents surviennent la même année, leurs coûts s’ajoutent, ce qui provoque une augmentation importante du taux AT-MP comme le montre l’exemple suivant.
Cas concret 2 : Des accidents successifs
Il s’agit d’une entreprise employant 50 couvreurs qui présente :
- un taux AT-MP initial de 7 % ;
- une masse salariale annuelle de 2 000 000 € ;
- une cotisation AT-MP annuelle de 140 000 € (7 % de 2 000 000 €).
Cette entreprise de couverture a connu plusieurs accidents successifs en 2 ans :
- Année 1 :
- chute d’un couvreur (fracture) → Arrêt de 4 mois ;
- blessure avec un outil (plaie profonde) → Arrêt de 2 mois ;
- Année 2 :
- chute grave (lésions multiples) → Arrêt de 8 mois avec une incapacité permanente ;
- reconnaissance de maladie professionnelle (TMS).
La CARSAT réajuste alors le taux AT-MP en tenant compte du coût des soins, des indemnités journalières et de la rente ; le coût global imputé s’élève à plus de 150 000 €. Les répercussions pour l’entreprise sont les suivantes :
- Le taux AT-MP passe de 7 % à 15 % en 2 ans.
- Une nouvelle cotisation AT-MP : 15 % de 2 000 000 € soit 300 000 € par an.
- Une augmentation du coût de la cotisation annuelle : + 160 000 €.
Pendant combien de temps un accident impacte-t-il le taux ?
Un sinistre influence le taux pendant 3 années pleines après son année de survenance.
Jusqu’où peut aller le taux AT-MP ?
Si votre entreprise expose ses salariés à des risques exceptionnels, des cotisations AT-MP supplémentaires (majoration) peuvent être appliquées.
Comme l’indique l’Assurance Maladie, “l’imposition d’une cotisation supplémentaire en cas de risques exceptionnels est décidée par votre caisse de l’Assurance Maladie – Risques professionnels (Carsat, Cramif, CGSS) après avis favorable du comité technique régional compétent (CTR). Cette démarche est précédée de l’envoi préalable d’une injonction invitant votre établissement visé à prendre toutes les mesures de prévention justifiées.”
Le montant de la cotisation supplémentaire est différent selon qu’il s’agit d’un premier manquement aux mesures de prévention ou d’une récidive :
- En cas de non mise en œuvre des mesures de prévention prescrites, le montant de la cotisation supplémentaire approuvé par le comité technique régional (CTR) sera d’au moins 25 % de la cotisation AT-MP normale.
- En cas de non mise en œuvre des mesures édictées dans un délai fixé par le comité technique régional, (et qui ne peut être supérieur à six mois suivant la date de l’imposition de la cotisation supplémentaire), le montant de la cotisation supplémentaire sera automatiquement porté à 50 % de la cotisation normale.
- En cas de refus persistant de prendre les mesures nécessaires (six mois), le montant de la cotisation supplémentaire sera automatiquement porté à 200 % de la cotisation normale.
- En cas de récidive, si le même risque est à nouveau constaté dans un délai de trois ans après l’imposition d’une cotisation supplémentaire, une cotisation supplémentaire d’un montant minimum de 50 % de la cotisation normale pourra être appliquée et sera automatiquement portée à 200 % si les mesures ne sont pas prises dans un délai de six mois.
Enfin, l’Assurance Maladie précise que, dès lors qu’une cotisation supplémentaire a été notifiée, son montant minimal ne peut être inférieur au montant résultant de l’application d’une majoration de 25 % de la cotisation normale calculée sur une période de trois mois, avec un plancher de 1 000 €.
Secteur du BTP : Un terrain à haut risque
Le BTP (bâtiment et travaux publics) reste l’un des secteurs les plus concernés par les accidents du travail en France. Travaux en hauteur, port de charges lourdes, manipulation d’outils, engins de chantier, environnement instable, etc. représentent autant de facteurs qui augmentent fortement l’exposition aux risques professionnels.
Et en raison des risques d’accidents (chutes, écrasements, blessures aux mains…), les entreprises du BTP subissent un taux AT-MP supérieur à la moyenne nationale.
À chaque activité BTP (maçonnerie, électricité, plomberie, charpente, etc.), l’Assurance Maladie attribue un code spécifique.
Voici quelques exemples de taux collectifs 2024 pour les entreprises de moins de 20 salariés en Champagne-Ardenne (source : CARSAT Nord-Est).
| Activité BTP | Code risque | Taux 2024 |
| Travaux de couverture | 45.11AB | 8,80% |
| Travaux de maçonnerie générale | 45.21AB | 7,90% |
| Charpente bois et ossature | 45.20Z | 7,20% |
| Installations électriques bâtiments | 43.21A | 5,20% |
Pour comparaison, dans des secteurs tertiaires, le taux AT-MP est de 1 à 2 %.
6 leviers pour reprendre le contrôle sur votre taux AT-MP
Le système de cotisations AT-MP est conçu pour inciter les entreprises à s’engager dans une démarche de prévention active.

Voici 6 actions qui permettent d’optimiser le taux AT-MP de votre entreprise :
1. Renforcer la prévention :
- Évaluation des risques (DUERP).
- Procédures de sécurité.
- Formations (hauteur, gestes, engins).
- Port des EPI, consignes affichées.
2. Suivre et analyser les sinistres :
- Analyse des causes.
- Actions correctives.
- Vérification de l’imputabilité.
3. Gérer les arrêts :
- Suivi régulier.
- Aménagements de poste.
- Retours progressifs encadrés.
4. Utiliser les aides CARSAT : Aide financière pour TMS, équipements, formations.
5. Mettre à jour le DUERP : Document obligatoire, socle de la politique prévention.
6. Être accompagné : Par un cabinet expert comme C2C Prévention.
Le saviez-vous ? La CARSAT peut vous accorder des réductions sur vos cotisations (ristournes) en fonction des mesures de prévention que vous avez mises en place.
Le cas d’une entreprise accompagnée par C2C Prévention
C2C Prévention, spécialisée dans le conseil en santé et sécurité au travail, accompagne les entreprises dans la prévention et la gestion active des risques professionnels (diagnostic sécurité, conseil, formations…), pour transformer les obligations en opportunités d’amélioration.
Une entreprise dans le secteur du BTP
L’entreprise, dont nous ne citerons pas le nom pour des raisons de confidentialité, a connu 3 accidents graves en 3 ans avec les conséquences suivantes :
- taux AT-MP très élevé : supérieur à 10 % ;
- injonction de la CARSAT et mise en place d’une pénalité de 200 % ;
- tribunal pour le gérant.
Malgré plusieurs interventions (DREETS, médecine du travail, CARSAT, OPBTP), aucune solution globale n’a pu être mise en œuvre.
Les problématiques à régler
Des solutions doivent être apportées aux questions suivantes :
- Comment revenir à un taux AT-MP normal ?
- Comment mettre en place une véritable politique de prévention pour éviter les accidents ?
- Comment sensibiliser tous les salariés à faire attention à leur sécurité et celle de leurs collègues ?
Le plan d’action de C2C Prévention
L’accompagnement de C2C Prévention a consisté à la mise en place des actions suivantes :
- formation des dirigeants à la santé et sécurité au travail ;
- rencontre avec la CARSAT ;
- analyses d’accidents et intégration des préventions dans le plan d’action du DUERP ;
- formalisation des consignes de sécurité (préparation des chantiers, livret d’accueil sécurité, port des EPI) et signature par les salariés ;
- formation des salariés à la sécurité ;
- nomination et formation du référent santé et sécurité ;
- mise en place d’un règlement intérieur ;
- mise en place des entretiens annuels et professionnels ;
- suivi régulier du plan d’action.
Le résultat
L’intervention experte de C2C Prévention a permis de ramener le taux AT-MP de l’entreprise à un niveau normal de 8,54 %, dès les 6 premiers mois.
Taux AT-MP : Ce qu’il faut retenir
Le taux AT-MP reflète votre niveau de maîtrise du risque professionnel.
Il peut exploser… ou être maîtrisé.
Une bonne stratégie de prévention permet de réduire durablement les coûts.
Chez C2C Prévention, nous croyons que la prévention est un levier stratégique, pas une contrainte.
Diagnostic sécurité.
Plan d’actions ciblé.
Formations pratiques.
Accompagnement du dirigeant.
Passez à l’action avec C2C Prévention : contactez-nous pour un audit gratuit !







